Créé en 1984 par Pierre Debauche alors directeur du Centre Dramatique National du Limousin et Monique Blin (tous deux venus du théâtre des Amandiers de Nanterre), le Festival des Francophonies en Limousin est le festival le plus ancien et le plus expérimenté dans le domaine des francophonies. Centré avant tout sur le théâtre, il associe aussi danse et musique. Le festival des Francophonies participe de plus d’un mouvement culturel qu’il a largement contribué à fonder. Ce mouvement prend appui sur une union de projets et une collaboration avec d’autres structures régionales qui au fil des ans ont fait de Limoges un pôle de la francophonie. La synergie mise en place fait intervenir différentes structures : la Bibliothèque francophone multimédia de référence nationale et internationale (BFM de Limoges), l’Université de Limoges, le Théâtre de l’Union-Centre Dramatique National du Limousin, le Conservatoire régional, le Centre régional du livre en Limousin, initiateur de coopérations pour l’accès au livre, à la lecture, à la langue française, le Festival de la caricature, du dessin de presse et d’humour. Dirigé depuis cette année par le metteur en scène burkinabé Hassane Kassi Kouyaté, il célèbre son trente-sixième anniversaire avec des ambitions renouvelées. M. Kouyaté a bien voulu nous présenter les Francophonies et nous parler de ses projets et de ses ambitions pour le Festival et le Centre des Francophonies du Limousin.

Hassane Kassi Kouyaté, pouvez-vous nous dire en quelques mots qui vous êtes ?

Je suis metteur en scène, comédien, conteur, formateur et directeur depuis cette année des Francophonies du Limousin. J’étais ces dernières années directeur de Tropiques-Atrium, la scène nationale de la Martinique.

Quels sont vos projets pour les Francophonies du Limousin ?

Tout d’abord, je voudrais remercier mes prédécesseurs Pierre Debauche, Monique Blin, Marie-Agnès Sevestre … qui se sont succédé ici. Ce ne sont pas des mots vains. Chacun a apporté sa pierre à cet édifice. Moi, je viens construire à partir de ce qu’ils ont fait. Il faut être conscient que les Francophonies du Limousin sont une structure qui possède sur le sujet de la francophonie une expertise artistique et culturelle que personne n’a dans le monde : une expertise de trente-cinq ans qui s’est forgée à travers des créations théâtrales, des résidences d’auteurs, un pôle littéraire à la bibliothèque de Limoges, un partenariat avec l’Université, un travail avec les professeurs et les classes de lycée et collège, le conservatoire de région, les organismes culturels. De nombreux auteurs, aujourd’hui reconnus, comme le libanais Wajdi Mouawad, le canadien Robert Lepage, le congolais Sony Labou Tansi, se sont fait connaître pour la première fois ici et, pourrait-on dire, sont nés ici. Nous devons affirmer cette excellence et développer nos actions en ce sens pour donner aux Francophonies tout l’éclat et la reconnaissance qu’elles méritent.

Quelles sont les principales manifestations des Francophonies du Limousin ?

Les Francophonies sont essentiellement consacrées au théâtre mais s’ouvrent aussi aux autres formes littéraires, à la danse, à la musique et bientôt au cinéma, par le court-métrage et le documentaire. Les manifestations organisées pendant le Festival en automne sont loin de résumer l’ensemble de la dynamique en œuvre et le Festival changera bientôt son nom pour s’appeler « Les Francophonies du Limousin, des écritures à la scène ».

En effet les Francophonies accueillent d’abord pendant une partie de l’année, à la Maison des auteurs1, des écrivains venus de tous les pays de la francophonie.

Nous organisons avec ces écrivains des journées de lectures et de rencontres en mars et en avril sous le nom actuel de « Nouvelles Zébrures ». Cette année ces rencontres ont eu lieu du 13 au 22 mars. Plus tard, en automne, un festival de création théâtrale mettra en scène de nombreuses productions. Les troupes accueillies sont le plus souvent des équipes émergentes que le festival cherche à faire découvrir ; mais nous ne nous interdisons pas de faire appel à des troupes déjà aguerries lorsqu’elles ont un beau projet. Cette année l’accent sera mis sur les femmes auteures de la littérature francophone en Afrique et à Haïti, et pour la danse, nous ferons découvrir la danse contemporaine inspirée par les danses traditionnelles des Antilles.

Des rencontres professionnelles, des conférences, des débats sont également organisés par le pôle francophone que constituent la Bibliothèque2, le Théâtre de l’Union et l’Université. Nous souhaitons que Limoges soit le grand pôle de la francophonie à tous les niveaux.

Quel est votre partenariat avec l’Éducation nationale ?

Nous travaillons énormément avec les collèges et lycées. Des professeurs relais dialoguent avec le festival et élaborent des projets avec lui.

Un exemple de collaboration fructueuse est celui du prix Sony Labou Tansi qui est organisé chaque année : une sélection de six à huit œuvres dramatiques nouvelles (sur la cinquantaine que nous adressent les éditeurs) est proposée à la lecture et à l’étude des lycéens de lycées francophones du monde entier et de la région (soit plus de deux mille lecteurs) qui doivent élire un vainqueur. Le livre élu reçoit le prix et la pièce est montée en lecture spectacle pendant le festival d’automne. Christine Boua, qui est responsable de l’action culturelle, va vous présenter quelques autres projets.

Christine Boua : Oui, nos projets sont nombreux. Par exemple, le Festival des Francophonies vient de mener pendant trois ans avec deux collèges de Limoges-Beaubreuil une action éducative fructueuse appelée « Nous tous ». De la 6e à la fin de la 4e, les mêmes collégiens (quatre-vingt-deux) ont participé à un parcours culturel fait de spectacles en lien avec le festival et le théâtre de l’Union, à un parcours de création artistique fait d’activités d’écriture avec deux écrivains en résidence, à un parcours de pratique théâtrale avec un collectif de comédiens et enfin à un parcours de pratique de la photographie. Leur travail a abouti à une exposition et une collaboration à certains moments du festival. Cette année nous menons des activités ponctuelles comme les lectures et échanges dans les établissements scolaires avec les journées de rencontres « Nouvelles Zébrures », des parcours pendant le festival d’automne, notamment avec un spectacle participatif, tout en réfléchissant à de nouveaux projets plus étalés dans le temps. Nous avons pour but d’étendre nos actions en zone rurale et sur toute la région.

Hassan Kassi Kouyaté, allez-vous poursuivre ici votre travail de metteur en scène ?

Oui, c’est pour moi indispensable. L’année prochaine je mettrai en scène l’adaptation par l’écrivain algérien Mohamed Kacimi du livre Congo, une histoire de l’historien belge David Van Reybrouck, avec six comédiens et un vidéaste issus de la francophonie.

Quelles sont les lignes de force des prochaines années du festival ?

En 2020, l’accent sera mis sur l’Afrique (dans le cadre du projet « Africa 20/20 » initié par l’État). En 2021, l’accent sera mis sur le Moyen-Orient et l’Asie.
En 2022, nous mettrons à l’honneur les francophonies « évidentes » : La Belgique, le Québec, la Suisse Romande…

Que représente pour vous la notion de francophonie ?

Voir comment on part d’une culture, on l’universalise et on la rend actuelle, voilà ce qui est intéressant pour moi. Ces projets mis en place permettent d’aller à la rencontre de l’autre et de sa culture. C’est le but. Limoges est un lieu de rencontre : des Français, des Québécois, peuvent rencontrer des Libanais, des Congolais, des Ivoiriens et même des gens qui depuis des pays de l’est, l’ancienne Yougoslavie, l’Afghanistan ou le Japon, écrivent en français.

Ma francophonie n’est pas politique mais artistique et humaine ; je parlerais plutôt de francophilie : elle concerne celui ou celle qui s’intéresse à la langue française, qui aime cette langue ou qui enrichit sa création à partir de cette langue. Ce qui est très important pour moi, c’est qu’on soit « miroir » les uns des autres et c’est la rencontre et la diversité qui peuvent permettre cela.

Pour obtenir le programme des journées « Nouvelles Zébrures » et celui des manifestations et activités des Francophonies, pour prendre contact avec les équipes et organiser des collaborations et rencontres : http://www.lesfrancophonies.fr


Notes

  1. La maison des auteurs, créée en 1988 par Monique Blin, est un lieu de résidence et d’écriture pour des auteurs dramatiques francophones. Il accueille chaque année plusieurs écrivains francophones issus du monde entier et organise des rencontres autour d’écrivains notoires de la sphère francophone tel Patrick Chamoiseau.
  2. La Bibliothèque francophone multimédia de référence nationale et internationale (BFM de Limoges) est dépositaire des manuscrits des auteurs de la francophonie. L’Université de Limoges, a fait de la francophonie l’un des axes majeurs des travaux de recherche, le Théâtre de l’Union-Centre Dramatique National du Limousin a passé une convention de partenariat avec l’Université Senghor, opérateur officiel de la Francophonie, pour la formation de cadres culturels francophones.

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