Une période de cours hybride commence dans les lycées. « Demi-jauge » : le terme est énigmatique et est interprété différemment selon les établissements. Certains lycées sont déjà fermés à cause d’un trop grand nombre de cas et ont déjà basculé en tout distanciel ; d’autres appliquent une demi-jauge en séparant les classes et les groupes en demi-groupes et en convoquant un demi-groupe une semaine et le deuxième la semaine suivante, ou bien encore un demi-groupe le matin et l’autre demi-groupe l’après-midi. D’autres établissements encore ont opté pour une demi-jauge en divisant le lycée en deux : une partie des classes entières une semaine et une autre l’autre semaine.

Face à toutes ces différentes modalités de cours, comment s’en sortir ? Comment faire cours ? Comment évaluer les élèves ? Comment éviter qu’ils ne décrochent ? Et comment entretenir notre motivation ? Nous vous proposons quelques pistes pour agrémenter vos cours en distanciel et tenir bon pendant les semaines à venir.

Premier cas de figure : la moitié de la classe est présente et l’autre suit le cours à la maison

Dans ce cas de figure, il est tentant de faire un cours classique que l’on se contente de retransmettre en visio aux élèves à distance. Toutefois, on se rend vite compte que le bruit ambiant, les mouvements dans la salle, le passage au tableau rendent difficile l’attention des élèves distants.

Une solution est d’utiliser le logiciel de traitement de texte comme tableau blanc et de le vidéo-projeter aux élèves en classe pendant qu’on partage l’écran avec les élèves restés chez eux. Le fichier pourra être enregistré à la fin de la séance et envoyé à l’ensemble des élèves, pour leur permettre de mettre au propre leur prise de notes.

Dans le même état d’esprit, l’utilisation de diaporamas d’images comme support de cours permet à tous les élèves d’accéder au même contenu. La voix du professeur se superpose à ces images comme une voix off pour les élèves à distance, ce qui peut contribuer à maintenir leur niveau d’attention. En classe, le professeur peut commenter l’image au tableau. Il faut toutefois veiller à ne pas trop s’écarter du micro de l’ordinateur pour bien être entendu des élèves à distance, surtout dans les salles de classe qui résonnent : dans ce cas, utiliser la flèche de la souris pour pointer les éléments à analyser dans l’image, permet aux élèves, présents et à distance, d’accéder à la même information.

Afin d’organiser des évaluations, il est possible de prévoir là encore un diaporama de questions que l’on fait défiler de la même manière pour les élèves en classe et ceux restés chez eux. La réponse à chaque question est minutée, ce qui ne laisse pas le temps aux élèves à distance de tricher, a priori… Toutefois, pour éviter le risque de triche, on peut par avance décider d’autoriser l’accès au cours en classe et à domicile tout en prévoyant des questions qui nécessitent une réflexion détachée du contenu du cours. À l’issue de la séance d’évaluation, les élèves à distance déposent dans les cinq minutes leur fichier dans le Cloud de la classe sur l’ENT. Certaines de ces copies pourront être utilisées lors de la séance de correction de l’évaluation en étant là encore projetées d’une part et partagées sur écran d’autre part.

Enfin, il peut être convivial de demander aux élèves qui se connectent d’allumer leur vidéo pour saluer leurs camarades en début de séance, au moment de l’appel, afin de jouer avec l’aspect ludique de la visioconférence, et ce même si les problèmes de bande passante ne permettent pas de garder les vidéos ouvertes pendant tout le temps de la séance. Il est à noter qu’il est possible de sauvegarder les visioconférences en les enregistrant : un fichier audio et un fichier vidéo sont alors générés une fois la visio close, ce qui permet de garder une archive du cours pour les élèves malades ou qui auraient rencontré un problème de connexion.

Deuxième cas de figure : toute la classe est à distance

Lorsque c’est une classe entière qui est à distance, comme le sont les étudiants dans la plupart des universités depuis le début de l’année, le dispositif à mettre en place est différent.
La question de l’endroit d’où le professeur fait cours est importante. Certains établissements demandent à leurs enseignants d’assurer leur visioconférence depuis leur(s) salle(s) de cours habituelle(s) ; d’autres les autorisent à se connecter de chez eux. Dispensés depuis les salles de classe, les cours en visio permettent une meilleure concentration des professeurs et de leurs élèves mais peuvent aussi contribuer à un certain malaise de la part de l’enseignant, désemparé face à une salle vide. Ce malaise peut être amplifié par le fait que les élèves éteignent leur caméra…
Pour contrer ce sentiment de solitude difficile à affronter, plusieurs pistes peuvent être explorées.

La première est de bien procéder à l’appel des élèves en leur demandant d’allumer la vidéo à ce moment-là. Cela permet de créer un lien dès le début de la séance et de casser l’impression de solitude du professeur à distance.

La deuxième est de segmenter la séance en visio en plusieurs séquences de vingt minutes maximum : lors de la première séquence, l’enseignant pourra assurer un cours magistral en se filmant ou en partageant son écran. Ce passage de cours magistral, qui doit être pris en notes par les élèves, peut donner lieu à une vérification de cette prise de notes en demandant à des élèves d’envoyer leur fichier. Le risque est de n’avoir aucune réponse ou aucun envoi à l’issue de cette séquence : nous savons que des élèves se connectent pour disparaître ensuite, souvent par démotivation. Cette démotivation sera accrue par le souvenir parfois douloureux du confinement de mars à juin 2020. La meilleure façon de maintenir les élèves attentifs et actifs est alors de désigner par avance les élèves qui devront envoyer leur prise de notes, même si cela implique que les autres s’autorisent éventuellement à décrocher.
Une autre manière d’organiser cette première séquence d’un cours en visio est de proposer aux élèves de faire un exposé en s’appuyant sur un fichier PowerPoint qu’ils auront élaboré, ou encore de présenter un oral type bac. La prise de parole d’un de leurs pairs est souvent favorable à l’écoute des élèves.

La deuxième séquence d’un cours en visio consiste en une déconnexion pour réaliser un travail en autonomie. Le professeur envoie à ses élèves la consigne par mail et peut désigner des élèves pour présenter leurs exercices ensuite ; le mail peut également indiquer de nouveaux codes de connexion pour la dernière séquence de correction de l’exercice si nécessaire. Une solution commode est de renvoyer au manuel, que tous les élèves sont censés avoir chez eux (sauf ceux qui vivent entre l’un et l’autre parent : il est alors possible de leur envoyer la photo de l’exercice par mail). Cette manière de faire permet à l’élève de garder un lien avec un matériel associé à l’école, et au professeur d’avoir moins de supports à numériser.
Le fait d’autoriser la déconnexion pendant le cours, ou d’inviter à rester connectés mais avec micros et vidéos éteintes pour travailler de chez soi pendant un temps imparti, favorise la motivation et la mise au travail de l’élève. On sait en effet que tous ne sont pas également autonomes et qu’il est pour certains extrêmement difficile de se mettre au travail lorsqu’ils sont seuls à la maison : avec ce dispositif, l’effort est encadré, minuté et collectif, avec une vérification immédiate des résultats obtenus.

La troisième séquence de cours en visio peut alors être consacrée à la correction de l’exercice. Le mieux est de partir d’exercices d’élèves, désignés par avance. Comme pour la prise de notes, le rendu d’exercices pourra être assorti d’une note d’exercice à faible coefficient (note sur 5 ou sur 10), ce qui présente aussi un caractère motivant pour l’élève. Le rendu de ces exercices pourra également être fait sur la base du volontariat mais, pour éviter la surcharge de travail, on évitera de corriger systématiquement les exercices de tous les élèves à l’issue de chaque séance : nous savons tous, d’expérience, que c’est infaisable.

Un dernier moment peut être ajouté à une telle séance en visio : plus ludique, il consiste en la validation des connaissances acquises pendant l’heure. Un diaporama ou un fichier (PowerPoint ou traitement de texte) avec des questions peut être affiché avec l’écran partagé : on peut y projeter des questions ouvertes avec choix multiple ou avec réponse libre, des images à propos desquelles on pose une question à l’oral, etc. Les élèves notent leurs réponses pour eux-mêmes et le professeur donne ensuite les réponses de vive voix. Ces questions portent exclusivement sur la séance du jour et permettent une autoévaluation par l’élève de son niveau d’attention et de compréhension des éléments dispensés pendant cette heure.


Pour conclure sur ces quelques conseils, il est bon de rappeler que les cours en distanciel ne sont pas des cours comme les autres. Il est important d’entretenir avant tout le lien avec les élèves, la motivation et la convivialité. Boucler le programme n’est pas la priorité, même si les lycéens ont aussi besoin de contenus qui les élèvent et qui les changent de leur quotidien. En s’autorisant à partager un écran qui projette un extrait de film ou de série, qui sera analysé ensuite, ou encore un sketch, on favorise l’impression d’appartenir à un groupe. En proposant de travailler à partir du visionnage d’un programme court de vulgarisation (on en trouve sur les plateformes de podcast et sur Educ’ARTE, Lumni, et de manière générale sur Youtube), on permet aux élèves de continuer à s’impliquer en les autorisant à travailler différemment, et en leur donnant les clés et le goût de se cultiver de manière autonome au-delà de cette période de demi-jauge.

Enfin, autorisons-nous à être légers nous-mêmes, à plaisanter avec eux plus qu’on ne le fait habituellement, à faire le lien entre l’actualité médiatique et culturelle et leur programme, même de manière un peu lâche, à encourager leur créativité, à leur lancer des défis décalés, voire à imposer un dress-code à distance… Tout est bon pour entretenir le moral des troupes, y compris les thermos de thé et de chocolat !
Toutes les équipes du Robert sont réunies pour vous souhaiter un bon courage pour cette période cours à distance et de belles idées d’innovation pédagogique !

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