Pendant l’année de Seconde, les élèves sont amenés à découvrir des textes médiévaux ; à présent que l’initiation au latin a été très réduite au collège, il nous semble donc plus que jamais bien venu de consacrer plusieurs séances à faire découvrir la formation du français. Au cours de ces séances, on apportera aux élèves les données fondamentales et on amorcera une réflexion sur ce qu’est une langue « vivante », en montrant quelques évolutions contemporaines. Nous proposons des pistes pour lancer un travail sur ce sujet, ainsi que des références d’ouvrages et de sites qui proposent des ressources intéressantes..

Une première orientation sera de faire découvrir – tout au long de l’année ou en consacrant une semaine à ce sujet – l’origine latine du français, au moyen de jeux étymologiques. Pour ce faire, on pourra utiliser les ressources de deux ouvrages : Les Mots latins de Fernand Martin ou Trésors des racines latines de Jean Bouffartigue et Anne-Marie Delrieu. Des sites peuvent être utilisés avec profit pour trouver mots croisés, devinettes et jeux d’étymologie, en particulier :

On travaillera ainsi sur les familles de mots, les doublets…

On peut consulter aussi, pour le plaisir, Le Dimanche indo-européen, le blog du « linguiste du dimanche » Frédéric Blondiau.

Une deuxième orientation consistera à montrer comment le français est devenu langue « nationale » et l’on fera découvrir les grandes étapes de cette évolution.

On peut, pour montrer la naissance du français, confronter un texte en langue d’oc et un autre en langue d’oïl, par exemple en lisant conjointement un poème de troubadour comme « L’Alouette » de Bernard de Ventadour et une chanson de trouvère comme « Belle Doette ». On fait découvrir aussi les documents fondamentaux (les Serments de Strasbourg, l’ordonnance de Villers-Cotterêts), on évoque les recherches de la Pléiade, la création de l’Académie française à l’époque classique… puis on apporte des témoignages sur l’école républicaine de Jules Ferry (qui interdit l’emploi des langues régionales et des patois à l’école).

On procède sous forme de jeux en organisant des équipes de « champions » ou de « spécialistes » de tel ou tel des documents ou événements évoqués ci-dessus. Les équipes feront des recherches et les présenteront à la classe en suivant l’ordre chronologique. On pourra travailler avec le professeur d’histoire, afin de rendre les élèves sensibles aux intentions politiques qui ont sous-tendu l’expansion de la langue.

Une troisième orientation sera de faire découvrir dans les textes et dans les pratiques orales l’existence de langues régionales et cousines du français (provençal, breton, créole…), voire d’autres formes de français (québécois, par exemple), et de réfléchir à la notion de « patois ». La découverte, par exemple, de l’utilisation d’un dialecte chez Molière peut être l’occasion d’aborder le sujet.

On peut aussi, selon la région où l’on se trouve, faire appel à l’expérience des élèves, susciter des témoignages, imaginer de petits reportages… Il est également possible de travailler à partir de chansons populaires patoisantes. On en trouvera maints exemples sur YouTube ou Dailymotion en entrant « chansons patois » dans la barre de recherche. Une page de BD en langue régionale peut aussi fournir un excellent support (par exemple l’une des vingt-neuf traductions de Tintin : en picard, en borain, en charentais…).

Enfin, pour montrer que la langue est en perpétuelle évolution, on amorcera une réflexion sur la situation contemporaine ; on peut, par exemple, consacrer d’abord une séance à l’identification des mots d’origine étrangère implantés de longue date dans la langue. Pour se renseigner, on peut consulter cette page du site de l’Académie française.

On observera ensuite les dernières évolutions du français : on pourra, bien sûr, faire repérer les termes d’origine anglaise dans le vocabulaire lié au numérique. Il est aussi possible de faire entendre des enregistrements de parlers contemporains et d’étudier leur emploi, par exemple, dans le rap. On pourra faire repérer dans les conversations de jeunes les termes formés récemment dans la langue, noter que certains d’entre eux ont reçu une sorte de reconnaissance officielle (« meuf » et « keuf » figurent dans le Petit Robert publié sous la direction d’Alain Rey), faire observer les transformations dans la syntaxe, etc.

Pour accompagner la réflexion, le professeur peut lire en classe des passages des Mots du bitume d’Aurore Vincenti (éditions Le Robert, 2017), ou l’introduction du Petit livre de la tchatche du journaliste Vincent Montgaillard (éditions First, 2013). On se reportera aussi, entre autres, au Lexik des cités (Fleuve noir, 2007) et à sa revue de presse sur le site LangueFrançaise.net, pour faire avancer la réflexion sur l’histoire d’une langue « vivante ».

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